FÉCAMP-FESTIF - Les GRANDS ÉVÉNEMENTS
Gravure source Journal de Rouen du 25 juillet 1904 - Archives départementales JPL_3_227 
Page créée le 30 mars 2017
 

     Inauguration de la Digue

     Longue de huit cents mètres et large de sept environ, la nouvelle digue-promenade qu’on inaugure aujourd’hui fait maintenant de la plage de Fécamp un site où il fait bon séjourner.

Elle fut construite sur les plans de M. Vielle, ingénieur en chef des ponts et chaussées, autrefois à Fécamp et aujourd’hui à Constantine. Les travaux en furent effectués par M. Henry Jean, du Havre, pour les terrassements, et pour les ciments par MM. Dinot de Dieppe, et Touzé de Fécamp. Commencée en juin 1903, les travaux n’ont été terminés que tout dernièrement.

     Une paque commémorative en marbre noir rappelle la date d’inauguration et mentionne le nom des notabilités présentes. Selon l’usage, M. Doumergue prend la truelle et selle la pierre. Cette formalité est remplie également par M. Fosse, M. Duglé, dont c’est le tour ensuite, en lançant sa poignée d’argile, dit en s’adressant à M. Doumergue : « On va dire que nous sommes francs-maçons, monsieur le ministre. » Mais M. Doumergue ne rit plus ; le front de M. Fosse s’est rembruni. Un petit froid en résulte. Vite, vite, on grimpe sur la digue, et la vue du bel horizon qu’on a sous les yeux, dissipe rapidement ce petit nuage. Que n’en est-il de même aux cieux ? Si du front des autorités les … cumulus disparaissent assez vite, il n’en est pas de même là-haut ! il pleut maintenant et les éclairs sillonnent les nues dans le lointain vers l’intérieur des terres. Au milieu d’une foule énorme on gagne la tribune officielle. M. Doumergue reçoit encore là un bouquet. Il embrasse la charmante enfant qui le lui apporte : Melle Lecanu, et passe les fleurs à son chef de cabinet. Celui-ci, qui a déjà dans les bras les deux bouquets qu’en route ont offert au ministre MMelles Morisse et Vincent ne sait plus où fourrer ce nouvel hommage. Il s’écroule littéralement sous une avalanche de roses et d’œillets, qui lui vaudra par la suite un joli mal de tête.


     Après un morceau de musique exécuté par les Sociétés, M. Duglé lit un discours dans lequel il vante – ce qui n’est que toute justice – la nouvelle promenade chère, déjà aux fécampois. M. Doumergue lui répond par un discours qui peut se résumer en ces mots : « Si vous avez fait une jolie digue-promenade, c’est parce qu’il y a en France le meilleur des gouvernements qu’on puisse trouver ! » Encore un morceau d’ensemble par les musiques présentes, et le programme nous conduit maintenant :
 

      À la Sécherie de Morues de MM. Le Borgne Frères

    
M. Doumergue y est reçu par M. Auguste Leblond, maire de Rouen, président du Conseil d’administration de cet important établissement.

     Un instant, parait-il, on s’était effaré à l’idée que le sympathique maire de Rouen devait recevoir le ministre. On dit même que celui-ci faillit ne pas venir, rien que pour cette raison Nous n’en voulons rien croire, et malgré certains conseils qui lui furent donnés, M. Doumergue décida de venir, certain qu’il était de trouver à la Sécherie de Morues, des hommes galants avant tout pour le recevoir, sachant sacrifier leurs opinions politiques aux intérêts commerciaux dont ils ont la gestion.


     L’entrevue fut très courtoise entre M. Leblond qu’entouraient MM. A. Leborgne, Lemettais, lefebvre, Duteille et Cabissol, membres du Conseil d’administration et le ministre. En son temps, nous avons décrit ce bel établissement de Fécamp qu’installèrent MM. Germain et Morel, ingénieurs à Rouen.
 

     Conduit par MM. Leblond et Cambron, directeur, M. Doumergue le visite avec intérêt. Après la visite, un vin d’honneur lui fut offert, au cours duquel M. Leblond refait l’historique de la sècherie, dans un discours applaudi. “Ma visite eût été incomplète, lui répond le ministre, si je n’étais pas venu voir cet établissement, où l’on a su suppléer le soleil et lui faire une terrible concurrence”.


      Le programme de la journée – ou pas une minute n’était perdue, comme on voit, - comportait encore une promenade en mer qui a été faite à bord du Neptune
 

      Le Banquet
 

     Plus de six cents personnes étaient réunies, à six heures du soir, dans la salle du Val-aux-Clercs. A la table d’honneur, installée sur la scène avaient pris place, autour du ministre : MM. Fossé, Duglé, Delaunay et Derocques. M ; le préfet porte le premier toast, dans lequel il se félicite d’avoir pu reconstituer le parti républicain département ». Il boit à M. Loubet, dont le nom est salué par d’unanimes applaudissements.

     M. Duglé lui succède. Il fait le procès du parti républicain progressiste, et de fil en aiguille en vient à faire la critique des dernières élections municipales rouennaises ! on se demande vraiment ce que peut bien venir faire cette réflexion – qui n’est pas à sa place – dans le discours-programme de M. Duglé !

     Après quelques mots de M. Delaunay, M. Doumergue – qui a perdu maintenant son sourire – fait l’apologie du Ministère dont il est l’un des membres les plus avancés. 

Répondant d’une façon générale aux revendications des fécampois, au sujet de Terre-Neuve, le ministre les assure, 

     “Qu’en sa personne, ils ont un avocat gagné à leur cause et qu’ils peuvent se rassurer. Leurs intérêts et ceux du pays, par conséquent, seront sauvegardés”. 

     De chaleureuses acclamations accueillent ces paroles plus rassurantes. M. Doumergue quitte Fécamp par train spécial à 8 heures 30.

 

     Puisque l’occasion nous en est fournie, signalons l’excellent service organisé à l’occasion de la venue du ministre par la Compagnie de l’Ouest et que dirigeaient MM. Lenoble, Pollart et Casadavant.

 

   Journal de Rouen 25 juillet 1904 - Archives départementales de Seine-Maritime - cote : JPL_3_227