FÉCAMP-FESTIF - Les GRANDS ÉVÉNEMENTS
Gravure source Journal de Rouen du 25 juillet 1904 - Archives départementales JPL_3_227 
Dernière mise à jour le 29 mars 2017

Journal de Rouen : 25 juillet 1904.

LE MINISTRE DES COLONIES A FÉCAMP

     A l’occasion de l’inauguration de la nouvelle digue-promenade qui embellit maintenant la plage, la ville de Fécamp recevait hier M. Doumergue, ministre des colonies.

La cité maritime avait pour la circonstance décorée ses rues de façon charmante. Oriflammes, pavillons aux couleurs chatoyantes flottaient au gré d’une petite bise qui n’a malheureusement pas empêché la pluie de faire son apparition dans l’après-midi.
 


   Les arcs de triomphe dominaient surtout et à côté des banderoles souhaitaient la bienvenue au ministre, aux invités, aux sociétés musicales, il en était quelques-uns dus à des initiatives particulières et dont l’originalité ne le cédait en rien au bon goût. C’est ainsi qu’il nous faut citer, sur l’avenue Gambetta l’arc de triomphe du Syndicat du bâtiment dû au talent de M. Laperdrix, artiste peintre ; celui du Syndicat des charbons, véritable portique où les outils allégoriques sont accumulés. Un peu plus loin, quai Bérigny, voici l’arc de triomphe du Syndicat des vins et spiritueux (peintre décorateur M. Leroux). Ici les tonnelets vernissés, les caisses de Bénédictine sont les principaux motifs décoratifs, et il y a là de quoi faire tirer la langue à tous les adorateurs de Bacchus
     Quai de la Vicomté, les armateurs et saleurs de la petite pêche ont fait des merveilles. Autour de leurs motifs décoratifs, ils ont tendu une double rangée de filets de pêcheurs soutenus par des avirons plantés en terre et pavoisés de multiples couleurs. L’arc de triomphe est formé de cordages, d’ancres, d’espars, etc., et cet ensemble est du meilleur effet. Cinquante mètres plus loin, nouvel arrête, nouveau décor. Ce sont ici les armateurs de Terre-Neuve qui ont pavoisé. Deux phares reliés par une banderole où est suspendue la carte de Terre-Neuve, tel est le motif décoratif adopté. Il est très réussi et vraiment original.

      Un dernier et bel arc-de-triomphe, c’est celui de la ville de Fécamp, tout en verdure, qui s’élève vers le boulevard des Bains, à côté de la maison très joliment décorée de M. Maille horticulteur. Nous en aurons fini avec cette énumération des décorations en signalant la rue des Bains et la rue Félix-Faure. Comme on le voit, la ville ce Fécamp a bien fait les choses et s’est surpassée.


 

M. Doumergue, ministre des colonies, arrive par train spécial, à onze heures et demie, en gare de Fécamp. Sur le quai, la municipalité à laquelle se sont joints le conseiller général du Canton, M. Delaunay ; M. Lemettais, président du tribunal de commerce ; Derocq, ingénieur en chef des ponts et chaussées ; Bellet président de la Chambre de commerce ; Daumas etc.

     Au moment où le train entre en gare, la Musique municipale (directeur M. Verdeau) joue la Marseillaise et M. Doumergue, l’air souriant – il sourit toujours M. Doumergue – saute du compartiment officiel.  M. Fosse, qui ne sourit pas, le suit, ainsi que M. Verdier-Havart, sous-préfet du Havre. Le ministre qui est accompagné de M. Rieu, sous-secrétaire, et M. Valat, sous-chef de cabinet, est reçu par M. Duglé, maire de Fécamp, Poignées de main, présentation des adjoints, des notabilités et l’on part.

 Sur la place de la gare, une foule énorme est massée. La musique du 119e de ligne venue tout exprès du havre, attaque la Marseillaise et le cortège officiel, précédé de quatre gendarmes à cheval, s’enfonce dans Fécamp, au milieu d’une haie de nombreux curieux.
 

     Un déjeuner intime était offert à M. Doumergue par la Chambre de commerce. A la fin du repas, M. Bellet, président, prenant la parole, rappelle les visites faites à Fécamp par M. Felix Faure, Président de la République, et MM Krantz, Viette, Baudin, anciens ministres. M. Bellet, abordant ensuite la question si importante de Terre-Neuve, question vitale pour le port de Fécamp, dit que le nouveau traité conclu avec l’Angleterre peut être accepté à la condition absolue et expresse que cette convention comporte l’abrogation du bail de 1887. Le ministre des colonies, dans sa réponse affirme que le gouvernement fera tout le nécessaire pour que les intérêts français soient sauvegardés.

Cette réponse…. Diplomatique n’est que bien juste rassurante ; il faut espérer que nous n’en serons pas quittes avec une promesse aussi vague.