FÉCAMP-FESTIF La Saison du Casino
Image extraite de l'affiche : Bains de mer de Fécamp de Charles Levy - Gallica site de la B.N.F.
 Page créée le 12 juillet 2016
    1. La Saison

      La saison 1886, va s’ouvrir dans le doute ! Ce sera la quinzième pour Eugène Dugard, et il semblerait que ce soit la dernière avec lui ! Qu’en dit la presse? Nous avons retrouvé, à ce sujet, un article signé Leduc d’Harrans (Charles Durand) paru dans la Plage Normande le 27 juin 1886.

      Dans deux semaines nous saluerons l’aurore d’une nouvelle saison théâtrale. La Plage Normande tient à honneur d’être l’avant-coureur des bruits et nouvelles dont le Casino fécampois sera l’objet pendant quelque deux mois. Mais nous nous bornerons aujourd’hui à des “on-dit.”

1886 sera, - dit-on, - pour M. Dugard, une année critique. C’est cette année, en effet, que doit expirer le bail signé entre la ville et le sympathique directeur.
 

        “On dit ” que la ville serait disposée à prendre à sa charge l’administration du Casino et des Bains. Devait-on blâmer cette intention ? Oui, s’il y a lieu de craindre que l’expérience n’ait pas plus de succès qu’il y a vingt ans. Non s’il y a des chances sérieuses de bénéfice pour le trésor municipal. Dans le doute, ne blâmons rien. Et si les “on-dit ” n’ont pas tort, attendons patiemment la fin.

         Nous n’avons, pour l’instant, qu’un souhait à former. C’est que M. Dugard accepte, quoi qu’il en soit, de continuer l’œuvre de progrès entreprise par lui sur notre plage. Depuis qu’il a pris en main la direction du casino, notre scène d’été n’a fait que marcher de succès en succès ; son répertoire s’est enrichi, et ses annales peuvent mentionner maintes soirées brillantes de grand opéra que lui jalousent ses congénères …

       Comparez un peu ce qu’ont été ces dernières années avec ce que furent les années 1871 et 1872.

Je relève dans quelques chroniques du Journal de Fécamp, de cette époque, certaines critiques amères relatives aux faiblesses de la troupe lyrique. On conseillait vivement à M. Dugard de ne point persister dans une “mauvaise voie”, de s’en tenir au vaudeville et à la comédie.
 

       Il fit la sourde oreille et il fit bien. Grâce à une persévérance admirable, à un zèle soutenu, il réussit enfin à réunir dans son Casino tous les éléments d’une bonne interprétation ; l’opérette et l’opéra-comique purent figurer sur la scène désormais, “sans peur et sans reproche”. Audacieux jusqu’au bout, il en vint à faire applaudir la musique des “grands maîtres ”avec des chanteurs qu’il s’attacha au prix de tous les sacrifices. Aujourd’hui, le lyrisme a détrôné la comédie….

       Parallèlement à ces efforts pour l’organisation de sa troupe, M. Dugard a toujours eu à cœur d’avoir un orchestre irréprochable.

Nous voyons, d’un bout à l’autre de cette campagne lyrique, l’orchestre du Casino brillant et applaudi, et le nom du vaillant maestro porté aux nues. M. Dugard est aujourd’hui, comme chef d’orchestre, tout à fait “hors de cour” ; son procès n’est plus à faire.

Souhaitons que les “on-dit” qui circulent à son sujet n’aient rien de positif.
 

       Si pourtant, la nouvelle se vérifiant, toutes les suppositions tendraient à en critiquer la matière, la Plage Normande se ferait de grand cœur le porte-enseigne du bon droit. S’il doit y avoir un tournoi, elle saura, comme jadis Bradamante et Marphise, les vaillantes guerrières, prouver que si elle est “femme” elle peut quand même tenir ferme la lance. Ses armes sont courtoises, mais énergiques… Plaise au Dieu qui protège les bonnes causes qu’il n’en soit pas ainsi et que notre Plage garde son titre gracieux, l’amie de tout le monde.

      P.S. – Nous espérons pouvoir donner dans notre numéro du 4 juillet (n°2) le tableau de la nouvelle troupe, et nous prierons M. Dugard pour répondre à de nombreux désirs, de nous communiquer un aperçu de son répertoire pour 1886.

 La Plage Normande numéro-programme - 27 juin 1886 - Collection J.-P. Durand-Chédru     


      L’ouverture de la saison est annoncée le 11 juillet, par un entrefilet dans la Plage Normande :
 

      C’est jeudi prochain, 15 juillet, que s’ouvre la saison théâtrale au Casino de Fécamp. L’établissement et ses salons sont déjà ouverts aux visiteurs. Mais jusqu’à ce jour, la “promenade” en planches qui domine le galet et sert de piédestal à la longue file des cabines de bains a eu plus de visites que la terrasse et le plancher du Casino. Ce dernier ne sera réellement “envahi” qu’aussitôt que le premier coup d’archet aura donné l’éveil aux oreilles musiciennes M. Dugard nous apparaît déjà à l’horizon, entouré de son cortège lyrique, et il me semble déjà entendre ce coup de baguette familier qui, chaque soir d’opérette, annonce l’ouverture, et fait taire les souffles les plus bruyants dans l’assistance.

      Je vous avoue qu’à l’approche de cette nouvelle saison, je me sens particulièrement ému. Je pressens quelque chose de tout à fait “extraordinaire”. Pour moi notre sympathique maestro, sera cette année à son apogée …. Et dire que nous traversons une crise d’agonie !
 

      Mais puisqu’il est question de musique, j’invite nos amis à prendre l’air... du casino, avant qu’il ne soit définitivement ouvert. Le dimanche qui nous reste à passer d’ici le premier lever de rideau est, à mon sens, très favorable à cette visite de “reconnaissance”. Pour ma part, je ferai de mon mieux afin de vous donner, dans ma causerie prochaine, une idée plus complète de ce que seront les splendeurs de la nouvelle saison.

Leduc d’Harrans     

La Plage Normande n°3 - 11 juillet 1886 - Collection J.-P. Durand-Chédru