FECAMP FESTIF - La FÊTE DANS LA RUE
Montage réalisé à partir, d'un entête de lettre "Bazola" du 10 octobre 1868 - Gallica bibliothèque numérique de la B.N.F.
                                                
   La place de l'hôtel-de-Ville - l'Hôtel-de-Ville  Cartes postales début vingtième siècle 
Page créée le 16 décembre 2016 - dernière mise à jour 7 février 2017
     Pour cette cavalcade d’un genre particulier il est fait appel à la participation du cirque Bazola, lequel avait pour habitude de proposer, au cours de sa tournée, son concours physique et financier pour l’organisation  de manifestations au profit des pauvres.
 
CAVALCADE DE FÉCAMP
 
     À tout seigneur tout honneur : le soleil étant des héros de la cavalcade de dimanche, celui que l’on souhaitait le plus apparaître, félicitons-nous d’abord de l’avoir vu comprendre aussi bien son rôle. Il assurait le succès prévu de la fête de bienfaisance préparée avec un dévouement que rien ne devait rebuter.

     De l’avis de la foule qui se pressait sur son parcours, la cavalcade de dimanche valait celle de 1867. Une impression générale dominait toutefois et se traduisait par un regret : c’est que dans une ville où l’on trouve des personnes assez dévouées pour donner leur temps et leurs soins à l’organisation d’un cortège qui doit faire délier toutes les bourses, petites où grandes, aussi peu d’empressement se soit rencontré parmi ceux que l’on avait invités à en recueillir le fruit. Plus de cinquante ont été appelés, cinq ont répondu par leur présence : moins d’un pour dix.

      Ainsi, à défaut des quêteurs à pied, quelques cavaliers ont dû remplir l’office des manquants. Nous ne saurions dire que le coup d’œil du cortège ne s’en est pas ressenti ; mais à qui la faute ? Il y avait dans ce fait de quoi décourager les plus dévoués et priver dans l’avenir le bureau de bienfaisance d’une de ses meilleures ressources. Nous tenons à le dire, espérant que plus tard, le patronage de l’administration étant donné à une œuvre de ce genre, ce patronage ne sera pas seulement un mot, mais comportera un concours duquel on ne saurait se passer dans la circonstance. Le dévouement ne se commande pas, c’est vrai ; mais il y a des situations qui obligent. On ne devrait jamais l’oublier.

      Ceci bien compris donnons maintenant quelques détails sur la fête elle-même.

     À midi, la foule se massait aux abords de la cour de M. Sautreuil où les chars se trouvaient réunis et d’où le départ avait lieu vers une heure.
     La composition du cortège que nous avions indiqué d’avance, pourrait nous dispenser de nombreux détails ; cependant, nous voulons dire un mot des chars, qui se trouvaient au nombre de treize. À la suite d’un fort groupe de cavaliers hongrois au centre desquels marchait un cavalier tartare dont le costume était du plus bel effet, on remarquait un équipage microscopique : Napoléon 1er, son mameluck et son vieux grenadier. Ces rôles étaient remplis par les enfants de M. Bazola.

     C’était montrer les héros par le petit bout de la lunette ; mais il faut dire que ces personnages à la mine éveillée n’ont fait trêve à la gravité du sujet que pour croquer, (l’Empereur lui-même), quelques oranges qu’ils avaient bien méritées. L’équipage était conduit par un garde français, sous le frais costume duquel on reconnaissait l’ainé des fils Bazola. On voit que pour ce sujet, tout procédait par opposition ; mais ce n’est pas à la cavalcade qu’on apprendra jamais l’histoire.

     Venaient ensuite les chars de musique, l’un composé des amateurs de la ville, l’autre des musiciens du cirque ; l’un et l’autre se sont parfaitement acquittés de leur mission animant le parcours et marquant chaque station du bruit de leur joyeuse fanfare ; puis le char de la Jeune-France, ce dernier décoré de feuillage et de fleurs avec un goût parfait, par M. Pierre Grout, horticulteur ; les chars de course romains, dus au directeur du cirque : Polichinelle, paresseusement assis dans une voiture trop petite pour ses bosses, et qui usait de son adresse pour lancer des pommes aux spectateurs les plus généreux. Bravo Polichinelle ! C’est bien d’encourager ainsi les bons sentiments. Le char des Indiens a été une véritable surprise. Nos meilleurs éloges à l’intelligent organisateur de ce spectacle, dont tairons le nom pour ne pas effaroucher sa modestie et sa générosité, puisque son concours n’a que peu ou point coûté à l’œuvre.

      L’empirique anonyme Blague-à-Mort était dans le même cas. Nous renonçons à décrire toutes ses cures merveilleuses : bras et jambes cassés remis par de simples frictions ; patient débarrassé discrètement d’un ver solitaire de quarante-deux mètres cinquante centimètres de longueur ; il fallait voir cela pour ne plus douter de l’efficacité de ses remèdes, vendus au profit des pauvres.

      N’oublions pas de citer encore la barque File-ton-nœud, voguant toutes voiles dehors et montée par un nombreux équipage commande par un officier de marine. La manœuvre du bord n’empêchait point le maître coq de se livrer à la confection de coiffes indigestes, même pour les plus rudes estomacs.

      Le plus grand nombre de cavalier se faisait remarquer par la fraîcheur et le bon goût de leurs costumes. Quant aux personnages à pieds, le moins drôle n’était pas celui qui s’était fait apporter dans une hotte par sa ménagère. Vers la fin de la promenade, celle-ci ployait sous la charge prête à s’affaisser. La pauvre femme !

      Il nous resterait encore à mentionner l’industriel qui promenait sa pâtisserie mexicaine à l’arrière du cortège, si nous avions la certitude qu’une partie du produit de sa vente de la journée fera retour à la caisse des pauvres. Gardons-en l’espoir.

      Enfin nos observations du commencement de cet article n’empêchent pas que la quête ait atteint un certain chiffre. Mais il a fallu que les quêteurs se mettent en quatre pour suppléer au nombre. Un d’eux, qui a compté sa collecte à part, a ramassé 101 francs 31 centimes. Le char de la Jeune-France a produit 143 francs 35 centimes. Le grand-tronc, dans lequel tous les autres quêteurs ont versé, a donné 644 francs 84 centimes, soit un total de de 889 francs 50 centimes, qui ont été versés à la caisse du bureau de bienfaisance ainsi que 27 francs 03 centimes, produit d’une quête faite au bal, et 30 francs reçus à l’entrée.

      Ce bal, donné dans les salons de l’Hôtel-de-Ville, mis gracieusement à la disposition du comité, a été très-animé et charmant sous tous les rapports. Un cotillon, qui n’a pas duré moins de deux heures, l’a terminé vers quatre heures du matin.

      On voit que sous réserve des critiques premières, qui n’atteignent en rien l’organisation et le zèle qui y a présidé, la fête de dimanche a tenu toutes ses promesses et, on peut le dire, satisfait même les plus difficiles.

      Il est permis d’espérer que le déficit de la quête (en 1867 elle avait atteint 1 591 francs 52 centimes), sera comblée par un abondant placement des billets de la tombola. De toutes parts, d’ailleurs, ces billets sont demandés, particulièrement par les personnes dont les souscriptions ont aidé à couvrir les premiers frais. Il y a là une preuve trop évidente de satisfaction, pour qu’elle ne porte avec elle son encouragement.
L. Durand
 
                                                                                                                                                                                                             
 
Sources : Journal de Fécamp du 30 février 1870, avec l'aimable autorisation de Durand-Imprimeurs